«Street Credibility»
« Il faut aimer les gens », déclare Adriana. C’est la condition essentielle. Bien sûr, il faut se faire au travail de rue, ajoute-t-elle. Apprendre à se comporter avec les gens mais aussi à garder une certaine distance, pour ne pas prendre les choses trop à cœur. Il faut beaucoup de « street credibility ». « Les gens remarquent tout de suite si nous sommes crédibles ou non » , souligne Manuela Jeker. L’équilibre entre l’empathie et la distance est difficile à trouver. « Construire une relation, c’est l’élément essentiel. » Surtout chez les personnes qui se trouvent pour la première fois dans l’espace public. Manuela raconte l’histoire d’une femme de 30 ans qui, en quelques semaines, était devenue méconnaissable. Les personnes qui viennent chez nous sont souvent déjà dans une situation précaire et, une fois à la rue, elles se dégradent très vite physiquement et psychologiquement.
Reconnu comme service spécialisé
Il n’y a pas que pour leur clientèle directe que les travailleurs et travailleuses de rue sont des interlocuteurs importants. Ils sont également en contact régulier avec les autorités bâloises, notamment avec le service de la population, le service social ainsi que la police. « Les sans-abri ne sont pas enregistrés par les autorités », explique Adriana Ruzek. C’est pourquoi un service de réception de courrier a été mis en place en concertation avec l’office de la population. « Actuellement, environ 350 personnes sont enregistrées chez nous afin de pouvoir recevoir des lettres et autres correspondances. » Condition préalable : les gens devaient déjà avoir habité à Bâle avant. Les deux codirectrices décrivent la collaboration avec les autorités comme exemplaire. Y compris avec la police. « Cela augmente la compréhension mutuelle », soulignent-elles toutes les deux. Quoi qu’il en soit, l’association s’est établie en tant que service spécialisé au cours de ses 40 années d’existence. L’avis des travailleurs et travailleuses de rue est régulièrement sollicité. Comme lors de la dernière table ronde sur la drogue. « Sur la place Matthäus, la scène de la drogue recommence à s’étendre. » Un fardeau pour le quartier, la population et les autorités qui, comme dans les années 1990, cherchent des solutions consensuelles pour la combattre.
Les thèmes restent
Adriana et Manuela connaissent le phénomène : « Soudain, un problème surgit et il faut y trouver une solution rapidement. » Même si le travail de Schwarzer Peter en matière de drogues n’est pas de nature politique ni réglementaire, « nous sommes régulièrement sollicités ». Parce que les personnes qui s’approprient l’espace public ne se font pas toujours remarquer de manière positive, l’association Schwarzer Peter peut contribuer à trouver une solution commune. L’expérience l’a montré, comme récemment la situation avec les nombreux mendiants roumains, explique Manuela Jeker. « C’est nous qui allons vers ces personnes et qui cherchons le dialogue. » La présence de Schwarzer Peter sera donc tout aussi indispensable dans cinq ans. « Le piège de la pauvreté a tendance à s’aggraver, la question de la drogue n’est pas près de disparaître et il n’y a pas de remède contre la consommation d’alcool », explique Adriana Ruzek. Les quartiers sensibles de la ville continueront donc à faire la une des journaux. « Probablement sous d’autres formes », dit Manuela Jeker. Comme avec la nouvelle scène de la drogue dans le quartier de Matthäus ou sur le site du pont Dreirosen, où la promiscuité conduit inévitablement à des conflits d’usage. Non seulement on y consomme et on y vend de la drogue, mais on y trouve aussi des réfugiés sans statut de séjour et des chômeurs qui passent leur temps sur les bancs à boire des canettes de bière. Et au milieu de tout cela, les gens font de la gymnastique sur les équipements sportifs, marquent des paniers sur le terrain de basket ou pique-niquent sur la pelouse, tandis que leurs enfants barbotent dans la pataugeoire. « Notre mission est d’établir une relation avec les personnes qui utilisent l’espace public », expliquent Manuela Jeker et Adriana Ruzek. Pour cela, il faut un grand travail de discussion. « Les problématiques restent », mais il faut de la flexibilité et des réponses rapides. C’est ce qui fait la réputation de Schwarzer Peter.